Etude épidémiologique sur l'alcool
- mpourcher
- 11 déc. 2019
- 3 min de lecture
Hier soir, un titre d'article a accroché mon attention en lien avec le programme de Première SPE SVT : "CEUX QUI NE BOIVENT PAS D’ALCOOL MOURRAIENT PLUS JEUNES QUE LES AUTRES". Titre très accrocheur et pourtant problématique en regard de ce que le lecteur pourrait déduire hâtivement ! D'autre part, les sources ne font pas partie des sources "fiables" (GQ, glamourparis ...) et il est donc important d'avoir plus de distance et de méfiance. Une petite recherche sur le net permet déjà de retrouver un article de Sud Ouest plus ancien mais qui est centré sur la démence sénile (et pas l'espérance de vie). Grande différence, cet article cite une publication de départ : https://www.bmj.com/content/362/bmj.k2927. Finalement, la publication qui concerne spécifiquement les articles de GQ et glamourparis ne peuvent pas être retrouvés facilement, c'est encore un élément qui suggère de se méfier (source absente = impossibilité de vérifier soi-même).
Type d'étude épidémiologique
Heureusement, l'article reste prudent et assez rigoureux sur le plan scientifique. L'article cite un compte rendu d'une analyse épidémiologique de type "cohorte" qui compare des individus exposés/non exposés : en d'autres termes, ceux qui boivent et ceux qui ne boivent pas. Dans l'étude, 69% des abstinents seraient morts "plus tôt" que la moyenne, et en particulier que les buveurs occasionnels.
Résultat curieux, ceux qui ne boivent pas du tout vivraient moins longtemps
Cet exemple montre qu'il faut être prudent avec ces études car, nous l'avons dit à plusieurs reprises en classe, on n'en tire pas forcément de lien de causalité mais seulement une corrélation. Ici, il serait très dangereux de faire un lien direct et, pire encore, de faire la réciproque qui voudraient que l'espérance de vie soit rallongée en buvant de l'alcool. En effet, l'alcool est cytotoxique (détruit les cellules), mutagène (modifie l'ADN) et addictif (drogue). Ces effets sont associés à une réduction de l'espérance de vie (maladie, dépression, effets de l'ivresse telles que des chutes, accidents ...).
Cette étude est-elle fiable ?
Pour s'en assurer, il faut utiliser toutes les informations de l'étude épidémiologique, croiser les données et toujours confronter aux données expérimentales (par exemple les effets cytotoxiques et mutagènes de l'ADN qui sont prouvés). L'étude a pris en compte d'autres paramètres comme la santé mentale, la pratique sportive, le niveau de revenu ... mais elle ne dit pas comment sont classés les buveurs (à partir de quelle dose est-on buveur occasionnel, grand buveur) ni même le type d'alcool consommé (alcool fort, vin, bière), ce qui pourrait éventuellement changer les résultats. Comme on ne peut retrouver la source, bien difficile de s'y retrouver.
Comment concilier ces éléments en apparence paradoxaux ?
Il apparaît que la cohorte des "abstinents" se distingue sur un facteur bien différent : celui de la sociabilisation. La consommation occasionnelle d'alcool serait plutôt associée à des activités sociales (rencontre d'amis, repas en famille, ...). Ce serait cet élément qui augmenterait l'espérance de vie. On comprend donc que l'alcool n'est pas le facteur, la cause mais simplement une association avec un mode de vie. On devrait donc titrer bien différemment : "Ceux qui ont une activité sociale importante (et boivent peu d'alcool) vivent plus longtemps".
Bref, pour maximiser votre espérance de vie, n'hésitez pas à boire un jus de fruit frais avec vos amis, vous aurez à la fois les bénéfices de la socialisation et ceux d'un jus de fruit plein de vitamines !
Sources :
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